On ne désire jamais assez

L’auteur du Discours de la méthode, Descartes, s’étonne qu’on ne désire jamais assez. Assez bien, assez loin, assez longtemps. Le désir nous contente avec presque rien à l’image de « ces petits vaisseaux que trois gouttes d’eau peuvent remplir », écrit le philosophe dans une lettre à Élisabeth. Être satisfait, c’est dire « Satis » : stop, assez ! Je n’en veux plus, merci bien, je suis content. Aussi les désirs que nous idolâtrons sont de bien petits personnages. Dis-moi ce que tu recherches, je te dirai qui tu es… Ceux qui sont enivrés de désirs sont souvent de beaux parleurs qui cherchent à griser leur auditoire ! De grands rêveurs qui portent en eux une foule de désirs fracassés, refroidis par paresse ou lâcheté. Freud dirait, refoulés. Le désir justement n’a rien de rêveur. Il exige une discipline. Avec un esprit serein et méthodique nous réalisons nos penchants les plus impérieux. Réaliser pleinement ses désirs est peut-être la chose la plus difficile : c’est aller se chercher au fond de soi. Engager une bataille tactique, discipliner ses instincts, les ramener à l’unité et concentrer son énergie sur la chose désirée. A cet exercice on verra certains désirs tomber comme des feuilles mortes : ils n’étaient que des songes creux. On s’apercevra aussi que le désir est tout en nous : « L’essence même de notre être », dit Spinoza. Le réaliser, c’est se réaliser. Cherchez les désirs dans les nébuleuses de vos fantasmes, vous n’attraperez que fantômes et autres miroirs aux alouettes.